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Un grain de folie et une imagination sans limite m'invitent à plonger dans le temps et l'espace à la rencontre de personnages historiques, mythiques ou légendaires afin de partager un moment de leur vie... Une histoire revisitée sans prétention dans un décor dressé sur une table pour deux. Invitation au rêve et à l'évasion. Ne craignez rien et suivez votre conteuse de tables!

Madame sans gêne, une autre Catherine

Ben vrai, comment qu' j'aurais pu imaginer qu'en rencontrant mon Lefebvre au bal du Vaushall, Vauxhall ... ah j'arriverai jamais à l'dire ce fichu nom là. Enfin bref , qui qu'aurait pu croire qu'en allant danser là-bas, j'allais un jour m' voir si haut.

A ct' époque, j'étais blanchisseuse rue Sainte Anne. J'étais dev'nue patronne au vu que la mienne partie trop tôt m'avait laissé sa boutique. Un dimanche, comme les filles avaient bien r'troussé leurs manches, j'ai eu l'idée de les emmener au ... comme j'ai dit, afin d'y s'couer l'cotillon . Attention, j'ai pas dit r'trousser le jupon parce qu'une chose est sure, c'est que j'suis une fille honnête et que j'aurais pas laissé le premier venu me l'trousser. Pourtant avec l'bonnet des dimanches et l'fichu galant, j' peux avouer qu' j'étais ben appétissante. 

 

 

 

C'est c'jour là qu'un homme qu'était pas à mon goût m'a invitée à danser la fricassée. "Non que j'y ai dit!"  "Et pourquoi donc?" qui m' répond en me traitant de mijaurée . "Pace que j'danse avec qui qui me plait!"  Le vla t'y pas qui monte sur ses grands ch'vaux et qui m'afflige de mots pas jolis jolis en m' prenant par le bras. il avait pas fini de m'traiter de bégueule et de bougresse qu'y s'prenait une de ces torgnoles qu'allait l'laissé su'l'carreau pour un temps . Et celui qui l'avait allongé tout de go c'était l'sergent instructeur Lefebvre.

Et c'était la première fois qu'mon regard croisait l'sien. En brave gars qu'a d' l'usage et d' l'éducation , il m' fait son invitation et j'ai pris ben du plaisir à danser tout' la nuit avec lui la monaco, la boulangère et la fricassée... Et à partir de là , y en avait plus un pour oser m' manquer de respect. D'une seule œillade, Lefebvre les faisait décaniller. Tous déguerpissaient le plancher et sans d'mander leur reste encore!

De c'jour là, rien ni personne n'aurait pu faire que j'aime pas mon Lefebvre ou que mon Lefebvre m'aime pas. Et que'ques jours plus tard y s'faisait graver sur l' bras dans un cœur percé d'une flèche:

"A sans gêne, pour la vie"

 

Je suis la citoyenne Catherine Hubscher , madame sans gêne.  On m'a affublée de c' sobriquet parce qu'en toute occasion, j'en fais qu'à ma tête et que même à c't'heure et là où j'en suis v'nue j'ai jamais perdu d'ma gouaille et d'mon franc parler.

Je crois même être définitivement fâchée avec les bonnes manières mais c'que j'dis et c'que j'fais, ben ça vient du cœur et j'emballe pas mes mots dans d'la soie!

Comme j'vous l'ai dit, quand j'ai rencontré Lefebvre, il était sergent instructeur . Il avait participé à la prise de la Bastille et plus tard à celle des Tuileries. Après not' rencontre au bal de la rue du Temple, il en avait tout de suite pincé pour moi et moi pour lui. Faut dire qu'on est du même pays, l'Alsace... ça crée des liens.

 

 Nous vivions une époque de bouleversements qu'y disait. Une fois le roi renversé, la république était en marche et plus rien n'allait l'arrêter. Alors quand mon Lefebvre a été envoyé comme capitaine sans solde dans l'armée du Rhin, en bonne épouse qui peut pas s'passer d'son homme, je m'suis dit "Pas de ça Lisette, j'm'en vais fermer boutique!" et j'l'ai suivi. On a connu des défaites , des victoires, on a vu les atrocités d' la guerre et on n'avait qu'la chaleur de nos corps pour se réconforter. Mariée à un sergent, j'sus devenue l'épouse du général Lefebvre dans l'armée de Sambre et Meuse. Après il s'est r'trouvé commandant d'la place de Paris et c'est là que Bonaparte l'a rejoint.  Un jour de Brumaire, Joseph a aidé l' futur empereur à prendre le pouvoir. Une fois premier consul, celui qu'on app'lait maintenant Napoléon  n'a pas été ingrat avec ceux qui s'étaient battu pour la liberté.

Il a fait d'mon Lefebvre son premier Maréchal d'Empire et en prime y a donné le titre de duc de Dantzig. C'est comm'ça qu'moi, la p'tite blanchisseuse de la rue Sainte Anne, j'me suis r'trouvée Duchesse et qu' toujours par amour j'ai suivi mon homme jusqu'à Compiègne.

 

 

 

Si vous ne connaissez pas mes aventures, je vous invite à lire ou à voir la pièce écrite

par Victorien Sardou. La scène qui suit n'y parait pas . imaginée de toute pièce elle relate ce qui aurait pu se passer à l'issue de cette histoire.

 

" Ah mon Lefebvre te vlà enfin! J'm' faisais un sang d'encre en t'voyant pas rev'nir. 

- Après les événements de cette nuit, l'empereur m'a demandé d'accompagner notre ami le comte de Neipperg à la frontière. J'ai galopé toute la nuit et une partie de la journée pour être au plus vite auprès de toi. Mais à peine arrivé au palais, des gens bien intentionnés sont venus me raconter tes frasques de ce matin à la chasse donnée par Napoléon. Par bleu, l'esclandre d'hier devant toute la cour ne t'a pas suffi? Crois tu malin de provoquer l'empereur qui n'a de cesse de nous voir divorcés?

- J'voulais pas y aller moi, à c'te foutue chasse. C'est l'empereur qu'a exigé qu'j'y va à cause que pendant not' entrevue d'hier j'y ai rappelé quelques souvenirs de sa jeunesse; du temps où qu'il était ben moins pourvu qu'moi et que j'devais y faire crédit pour son linge. Il m'a dit de v'nir pour que d'vant toute la société il cloue le bec à ses pécores de sœurs qui m'avaient provoquée la veille jusqu'à m'faire sortir d' mes gonds!

- Ah pour ça, il a pas fallu te pousser beaucoup. 

- J'allais quand même pas m'laisser insultée par des sucrées qui ne se sont élevées là où elles sont qu'à cause des exploits militaires de leur frère et leurs maris et qu'ont oublié d'où qu'elle viennent!!!

- Je ne dis pas. Tu as eu le courage de les remettre à leur place et je suis plutôt fier de la manière dont tu l'a fait. D'ailleurs tu as obtenu le soutien de tous nos compagnons d'armes!

- Même l'empereur a reconnu mes mérites quand j'y raconté qu'j'avais été vivandière dans l'armée du Rhin où que j't'ai suivi. Il a même été ému quand j'y ai raconté comment j'ai déchiré jusqu'à ma ch'mise pour panser les blessés et comment j'les ai rassuré un à un avant qu'la mort les prennent. Et c'est pour ça qu'y voulait m'faire ben d'l'honneur à la chasse devant toutes ces mijaurées d'la cour.

- Je dois avouer que tu as su retourner la situation en ta faveur.

- Pour sur! Et quand Napoléon a baisé la blessure de guerre que j'ai sur l'bras et qu'il s'est mis à en chercher d'autres, j'ai ben su lui dire que ces assauts là m'auraient ben émoustillée quand j'vivais rue Sainte Anne, avant d'te connaître mon Joseph, mais qu'à c't'heure y pouvait ranger son mousquet et que tout Sire qu'il est, ses avances me laissent d'marbre et qu'j'garde à cœur cette moralité qui fait rire tout' la cour d'être fidèle à c'ui qu'est d'venu mon mari.

- Tu as parlé sur ce ton à l'empereur? 

-T'aurais préféré qu'j'm'allonge? Rassure toi, j'crois ben que quelque part , il t'a envié. Il m'a aidée à me rel'ver, y a posé ma pelisse sur mes épaules et m'a baisé la main en m'répétant: à demain à la chasse. La suite tu l'a connais tu y étais... 

- Ben qu'est ce qui t'a pris alors de te ridiculiser une fois de plus devant elles et devant l'empereur?

- Me fais pas les gros yeux! Tout ça c'est à cause de c't'idée d' devoir chevaucher en amazone et en plus dans une tenue pas bien commode. Au moment de monter alors qu'un brave gars m'faisait la courte échelle, j'm suis emberlificoté les pieds dans c'te gredine de queue et 

j'me s'rais r'trouvée su'l dos si l'empereur n's'était pas précipité pour m'mettre la main au panier et m'empêcher d'm'étaler!

- Juste ciel, joli spectacle que tu leur as offert là. De quoi faire des gorges chaudes pendant des lustres! Et pense un peu à la position de l'empereur, il a du pester contre ton manque de tenue et ton inénarrable maladresse

- Et c'est ben là qu'tu te trompes. Parce qu'après m'avoir aidée à m'remettre sur mes pieds, l'empereur s'est tourné vers ses sœurs puis vers moi pour me dire comme ça... Madame la maréchale, au su de vos états de services à l'armée du Rhin , je vous octroie le droit de monter comme les hussards? Ca te la coupe ça mon Lefebvre!!

- Bon sang de bois! Et là, qu'est ce que t'as fait ?

- Ben je lui ai fait une révérence comme je l'ai appris avec monsieur Dépréau, gracieuse et tout et tout avec des manières comme dans l'monde quoi. J'avais les joues rouges d'vant tant d'honneur et sans attendre mon reste , j'ai enfourché mon ch'val et j'sus partie au galop.

- Sans attendre le signal de l'empereur?

- J'étais ben trop heureuse d'filer d'entre les pattes de ces sucrées qui vous lancent des insultes en mots choisis du bout d'leurs lèvres pincées.

-Tu n'as donc pas entendu la suite?

- Ben non, quoi qu'elles ont dit?

- Pose moi ce fer, crois tu que c'est bien à toi de blanchir ton linge et en camisole qui plus est?

- Ben dis donc fais pas l'dégoutté! T'as jamais craché sur la vue d' ces rondeurs là et pis ça me rappelle le bon temps... l'époque où qu'tu f'sais pas de manière et où que tu m' bousculais quand l'envie t'en prenais... Bon alors où qu't'en étais? Raconte!!

- Toute la cour s'est à nouveau offusquée de ton attitude et de ce départ en trombe sans même attendre le bon vouloir de l'empereur. Quelqu'un s'est alors exclamé , "Dire que sa majesté a laissé tombé le titre de duchesse sur madame Lefebvre"

- Le malotru , j't'y en foutrais moi ...

- Attends d'entendre la réplique de l'empereur...

- Quoi qu'il a dit? 

-  " Il m'a plu, a t-il sévèrement rectifié, d'élever le titre de duchesse jusqu'à madame Lefebvre". Voilà qui fera taire tout commérage. L'empereur t'a sauvée de la disgrâce  mais te prie de ne plus paraître à aucune des manifestations données à Compiègne. 

- Ah mon Joseph tu pouvais pas m'faire plus plaisir. Si y crois qu'on s'y amuse dans ces soirées où faut faire des  tas de simagrées et danser en se touchant du bout des doigts et en comptant ses pas. Déjà qu'j'reconnais pas mon pied droit d'mon pied gauche... Moi c'que j'veux c'est partager chacun d'tes repas mais pas à l'aut' bout d'là table d'où qui faut tell'ment crier pou s'causer qu'on finit par s'taire! Non là tout à côté où que j'peux t' tenir la main et t'dire des douceurs à l'oreille.

 

J'veux trinquer en riant fort avec avec un p'tit vin d'not pays. J'veux danser, sauter et tourner tout contre toi et sentir ton souffle dans mon cou. Et puis surtout il est pas né celui qui m'fera m' coucher l'soir dans un lit tout froid où qu'tu s'ras pas.

 

- Ah Sans gène, viens là que j't'embrasse. 

- Mon Lefebvre qu't'es un brave cœur. Allez dis le , dis le encore qu'

tu l'aimes ta Catherine !!"

*****************

Madame Sans gêne, la table

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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M
La table est vraiment superbe et quand on connait le secret des assiettes, je ne peux qu'être admirative .
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M
J'adore cette histoire et la table ma cathounette, merci beaucoup, fais court car encore l'atelle, bisous
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C
Super ! tu l'as fait bien parler un langage populaire ta blanchisseuse !!! Bravo pour ton imagination pour raconter une histoire autour d'une table....Tes assiettes sont très belles.
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